Marketing et agacement - Mark Smith

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Marketing et agacement

Marketing et agacement - Mark Smith

J’allais voir un jour, une amie qui avait fait un grave accident de ski. Dans la chambre d’hôpital, je la trouvais plâtrée de la tête aux pieds. Malgré cela, elle avait une chance énorme, aucune séquelle ne lui avait été décelée. Quelque jour plus tard, elle reprenait une vie tout à fait normale. Lorsque l’on lui enlevait son dernier plâtre, elle m’avouait renaître de nouveaux. Elle avait vu sa vie passer devant ses yeux plusieurs fois avant de perdre connaissance lors de sa chute. Quelque chose cependant l’avait troublé. Elle lui paraissait d’une banalité effrayante. Du jour au lendemain, elle se mettait à rechercher n’importe quelle occasion pour faire la fête, ou encore de faire des choses extrêmes, pour avoir la sensation de vivre un peu plus profondément. Elle faisait la rencontre d’un homme qui était expert en marketing web, et qui avait l’habitude de faire quelques sauts en élastique pour se donner quelques sensations. Elle m’invitait plusieurs fois à me jeter dans les airs pour ressentir, disait-elle, la plénitude. J’avais entendu parler de ça, lors de rencontres de méditations zen extrêmes. C’était bien la première fois que l’on me parlait de plénitude en passant par l’idée qu’il fallait se jeter en bas d’un pont.

Ce spécialiste en marketing venait me faire quelques propositions de sports extrêmes, pour me faire, disait-il, ressentir l’adrénaline dans tout le corps. Mon adrénaline, je la ressentais suffisamment lorsque j’avais une facture à payer. Il me proposa plusieurs sports, dont je ne retenais même pas les noms. Il avait beau essayer de me convaincre, je restais de marbre. Cependant, il finissait par sérieusement m’agacer. Il était comme, l’avait si bien raconté, Jean de La Fontaine, dans « Le coche et la mouche ». J’aurais eu beau lui donner des coups de fouet, il revenait sans cesse à la charge. La seule chose que je savais de lui, c’est qu’il avait bien choisi son métier. Travailler dans le marketing à harceler sans cesse les gens, et à revenir à la charge en permanence pour leur indiquer quelle direction prendre, en ne laissant plus aucune chance au libre choix, était bien sa profession. Il n’aurait pu en mener aucune autre à la perfection, comme il le faisait si bien avec moi. Je finissais par ne plus répondre à ses coups de fil, ni à lui ouvrir la porte. C’est un monde tout de même. Être obligé de se barricader chez soi, pour avoir quelques instants de tranquillité. À croire que tout ceci fait partie de l’évidence même de la vie. Au secours !